Merde aux régimes : gueulante numéro deux

Je vous l’avais promis, je reviens donc sur ce sujet brûlant, dont je suis très loin d’avoir fait le tour. Je vous rassure, je suis toujours autant en rogne contre les moyens de torture inutiles qui contribuent au gonflement des poches des industriels de la pharmacie peu scrupuleux, ainsi qu’à la vente des magazines féminins. La preuve de suite, et en images.

Mais tout d’abord, une question : qu’est ce qui rend les régimes si populaires ? Parce que selon la loi de l’offre et de la demande, si ces inepties font recette, c’est bien parce qu’un besoin existe. Aussi puissante que soit la publicité, aussi habilement – ou pas – que les professionnels de la communication – ça fait ‘achement plus respectable que «publicitaire» sur une carte de visite, non ? – parviennent à nous bourrer le crâne, il y a bel et bien une « nécessité » à la racine de tout ce mal : celle d’être mince. Enfin, mince, c’était avant la mode des tailles Dachau – je sais, c’est super crade de le dire comme ça, mais voici de quoi étayer ma comparaison, ici, , ou même . J’arrête, ça me coupe l’appétit ! Je disais donc, avant que la taille de référence ne devienne le 34 fillette (NB: en 2012, on parle plutôt du 32 fillette…), avant que les œufs de ténia ne s’avale en gélules, bref, avant que le monde ne devienne fou !
Aujourd’hui, ce n’est plus le maintien d’un poids de bonne santé qu’on vise en modifiant délibérément son alimentation – son régime alimentaire, c’est à dire ce dont on se nourrit au quotidien -, ou même celui d’un poids de forme adapté à la pratique intensive de certains sports comme le marathon ou l’haltérophilie. On veut redevenir prépubère, on veut donner l’image d’une jeunesse éternelle, lisse, sans formes ni aspérité.

courtesy of saine-alimentation.com
La féminité ? Oubliée, la féminité ! En perdant trop de masse corporelle, on y laisse ses muscles, sa poitrine, sa chute de reins, puis sa fertilité, et enfin son moral et sa santé mentale. On devient surtout très paradoxalement une obsédée de la nourriture, ce bien dont on se prive constamment pour se rapprocher de ce que j’ose à peine appeler un idéal.
On touche alors à la maladie mentale. Boulimie, anorexie, ces troubles profonds du comportement alimentaire dont on ne s’aperçoit souvent que lorsqu’ils sont irrémédiablement ancrés…
«Mais je ne suis pas malade, moi, voyons ! Je suis seulement le régime Dukon pour perdre quelques kilos !» Vous entendrez souvent ces propos absurdes dans la bouche de personnes de corpulence normale, et presqu’aussi souvent dans celle de demoiselles et dames ayant une silhouette plutôt fluette…

Mesdames, excusez-moi de ne pas prendre de pincettes, mais vous êtes belles avec vos rondeurs ! Cessez de vous laisser zombifier par les média et les défilés de haute couture – qui nous montrent de bien jolis chiffons accrochés à de bien vilains porte-manteaux – et acceptez-vous comme vous êtes : des femmes, des vraies, heureuses de vivre dans votre peau, épanouies ! Cessez de penser que tout changera si vous faites quelques kilos de moins, car c’est faux ! Les maigres ne sont pas plus heureuses, bien au contraire, frustrées qu’elles sont de se priver constamment !

Car ce qu’on omet prudemment de vous dire, mais qui n’en est pas moins tristement vrai, et qui fait des régimes un commerce on-ne-peut-plus prospère, c’est que s’il vous prenait l’idée saugrenue d’arrêter ce régime qui vous affame depuis des semaines, vous reprendriez inéluctablement le poids si douloureusement perdu. Voire plus, car votre pauvre corps meurtri tient à se protéger d’autres famines, à moins que, rancunier, il ne cherche purement et simplement à se venger. Se mettre à la diète, c’est donc en prendre pour perpet’. Je le dis, je le clame, je le hurle : non à une existence passée à compter les calories ; non à une vie d’interdits alimentaires – adieu chocolat, saucisson, glaces ! Bonjour céleri, poulet maigre et édulcorants ! ; merde aux régimes !

Et s’il vous plaît, cessez de penser que toutes les femmes qui posent dans les magazines sont parfaites !
Sachez que d’abord, elles n’ont que ça à faire : entretenir leur outil de travail. Elles peuvent consacrer 35 heures par semaine à la préservation de leur capital beauté et à l’entretien de leur corps. C’est d’ailleurs pour elles un impératif pour ne pas perdre leur emploi !
Ensuite, mêmes jolies comme des cœurs, les photographes prennent le temps de mettre leurs modèles en valeur dans la lumière, de les faire poser sous leur meilleur jour, et effectuent un tri draconien dans les milliers de clichés issus de leurs mitraillages pour ne garder que les plus flatteurs, les tricheurs. Attendez, c’est pas fini ! C’est la qu’interviennent ces coquins de retoucheurs, et leur baguette magique ‘Toshop, qui fait disparaître les bourrelets disgracieux, la peau d’orange, et les dernières traces d’humanité des photos. Exemple :

C’est tellement systématique qu’on trouve facilement des collections très intéressantes de cas dans le même genre ( et , si vous êtes trop flemmard(e) pour chercher. Mais vous avez le droit d’être flemmard(e) si ça vous chante, nom de nom, ce n’est pas à moi de vous faire la leçon ! Et pis d’abord c’est une économie d’énergie, la flemme, donc c’est bon pour l’environnement.). Sisi, soyez curieux/se, ça n’a jamais tué personne – à part le chat du proverbe – et si vous êtes complexé(e) – ne faites pas non de la tête, vous l’êtes, je le suis, nous le sommes tous : les médias y veillent, c’est leur fond de commerce -, ça vous fera énormément de bien au moral.

Et pour finir, une dernière chose : messieurs qui me lisez, dites-moi donc en commentaire, je vous en prie, quel type de femme vous attire le plus : celle qui, fessue et cuissue, croque la vie à belles dents, ou celle qui se nourrit de 3 miettes tous les deux jours, et que le manque rend (m)aigre et tristounette ?

L’inoubliable Marilyn, 58 kg et 1,64m de beauté pure…
*
Petits ajouts en date du 7 juillet 2011…
*

Ça sort des dossiers de l’American Medical Association, qui part en croisade contre les effets dévastateurs de la retouche photo. Espérons que cette démarche sera menée ailleurs également, car les enfants et adolescents ne sont pas les seules victimes…
« REPRÉSENTATION PHYSIQUE ET PUBLICITÉ À DESTINATION DES ADOLESCENTS:
Pour améliorer le physique des mannequins, les publicitaires ont pour habitude de retoucher les photographies, ce qui contribue à déformer l’idée qu’on se fait d’une apparence physique normale. C’est encore plus vrai chez les enfants et les adolescents, qui sont particulièrement influençables. De nombreuses recherches ont établi un lien entre les images très éloignées de la réalité diffusées par les médias et les troubles de l’alimentation – L’AMA a adopté une nouvelle politique afin d’encourager les publicitaires à collaborer avec les organisations publiques et privées chargées de la santé des enfants et des adolescents. Elle vise à établir de bonnes pratiques en matière de publicité, et plus particulièrement en ce qui concerne les publications destinées à la jeunesse. Elles visent notamment à limiter fortement la retouche des photographies, afin de ne pas altérer la perception de ce qu’est une apparence physique normale.
« Dans certaines publicités, l’apparence extrêmement retouchée de certains mannequins peut altérer la perception de ce qu’est un aspect physique normal. Je pense notamment à un cas où la taille d’un mannequin a été resserrée jusqu’à paraître plus étroite que sa tête » indique le Dr McAneny. « Les enfants et adolescents sont facilement influencés par les publicités, qui montrent des mannequins dont le corps ne peut être que le fruit de retouches photo. »
Oh, une dernière chose… Mon article s’appelle « Merde aux régimes« . Il m’a valu une réaction tellement agressive que je me suis décidée à filtrer les commentaires sur ce blog. Cet article est bien une gueulante contre un diktat imbécile qui fait souffrir beaucoup de femmes, et même d’hommes. Cet article n’est PAS une attaque contre les personnes minces, ou même maigres : à chacun sa morphologie (et pour les curieux/ses invétéré(e)s qui se demande quelle est la mienne, allez donc voir si j’y suis !), et bien loin de moi l’idée d’aller contre ce constat. Bien au contraire, qui que vous soyez, quelle que soit votre apparence, soyez qui vous êtes !