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Le plaisir de rouler, épisode 4 : le quotidien

7th June 2010

8 heures (ou mois cinq, ou cinq… Je ne suis pas le crocodile du Peter Pan de Disney, aucun réveil ne me tique-taque donc dans les entrailles) : je ferme la porte d’entrée de mon appartement à double tour.
8 heures : je rouvre la porte en pestant ; j’ai oublié (au choix) mon casque / mes gants / mon compteur kilométrique / mon stick pour les lèvres / mon déjeuner / mon sac, j’en passe et des bien bonnes…
8 heures une (ou deux, ou dix : tout dépend du temps que je mets à débusquer l’objet convoité qui se cache, le bougre, en général juste sous mon nez) : je hisse mon vélo sur mon épaule gauche, cale la bretelle de mon sac sur l’épaule opposée, et entame la descente des deux étages qui me séparent de la rue.
8 heures une (et demi) : j’enfourche mon vaillant destrier gris et blanc et zou ! C’est parti !
8 heures deux : premier feu. Non, je ne le grille pas, c’est pas bien, c’est dangereux, et surtout ça coûte cher ! Ca n’a pas l’air d’affecter les autres cyclistes, qui me frôlent à toute berzingue et se font copieusement klaxonner par les voitures qui doivent freiner en catastrophe pour les éviter.
8 heures 3 : pour la première mais malheureusement pas la dernière de mon court (3 km) trajet, je vais subir l’incurie des autres usagers de la route, et ce en dépit des belles bandes cyclables aménagées sur les grands axes lillois. Comme d’habitude, un malpoli va être garé sur lesdites bandes cyclables ; ou un piéton va traverser sans regarder ce véhicule léger mais néanmoins rapide sur lequel je suis juchée et qui fonce vers lui : il ne s’en rend pas compte, mais à 30 km/h, l’impact peut être très douloureux. Surtout pour lui. Si j’évite le quidam qui traverse sans me voir, le véhicule qui tourne (sans mettre son clignotant, trop fatigant) en coupant ma route et me forçant à m’arrêter, voire à monter sur le trottoir, ne m’a bien évidemment pas aperçue. Je dois souvent lutter contre une soudaine envie de redécorer une jolie carrosserie à coups de pédales, mais la raison finit toujours par l’emporter, et je me contente la plupart du temps d’un sonore mais inoffensif « Pig! » à l’égard des malotrus à moteur.
8 heures 6 : le bus me cède le passage avant de quitter son arrêt. Big smile! Chapeau bas aux femmes et hommes qui pilotent les engins à rallonge de Transpole (vous avez déjà oublié ? Regardez donc ici) : ils sont attentifs aux deux roues, qu’ils pourraient pourtant se permettre d’ignorer au vu des dimensions hors normes de leurs engins. Et non, il n’y a aucun sous entendu de nature sexuelle dans ce qui précède. Ceux qui en perçoivent un n’engagent qu’eux-mêmes, bande d’esprits mal placés !
8 heures 6 3/4 : il pleut. C’est normal, on est dans le Nord. Je n’exagère pas : ça s’appelle le climat océanique et c’est mouillé. C’est venteux aussi. Mais j’aime ça. Alors je profite d’un énième feu couleur tomate pour enfiler ma super cape de pluie et le pantalon pas assorti, et je redouble de prudence. Les draches, c’est sans pitié. Et si vous êtes comme mon correcteur orthographique, et que vous ne comprenez pas ce dont je parle, voici une courte définition de ce mot féminin d’origine allemande : il s’agit d’une pluie battante, en général aussi intense que brève. Un coup de sang météorologique, en somme.
8 heures 8 : se faire éclabousser n’est pas un privilège de piéton ; nous aussi, humbles cyclistes, nous faisons baptiser à l’eau de flaque ou de caniveau par nos gentils amis les conducteurs (« Pig! »). Ils nous aiment tant qu’ils nous collent de près, de très près, de si près qu’on peut se recoiffer dans leurs rétroviseurs. J’aimerais juste qu’ils comprennent que ma caboche ne peut par tenir tête à leur pneus, ni mes jambes à leur pare-chocs : ça m’éviterait de devoir fixer une pancarte « Attention ! Fragile ! » à l’arrière de ma bicyclette…
8 heures 9 37/100ème : j’ai encore roulé sur du verre. A croire que ça pousse tout seul. Lille, capitale du verre à apparition spontanée ! Zut ! J’étais trop concentrée sur l’évitement des éclats – qui sonneraient le glas de mes chambres à air -, je n’ai pas su contourner les petits cadeaux pas emballés que laissent derrière eux les généreux possesseurs de chiens urbains. Y’a plus qu’à trouver une flaque et à attendre qu’une voiture passe pour se faire rincer les jantes…
8 heures 11 : dernière ligne droite. 8 feux à franchir. Je suis dans les starting-blocks, prête à fournir l’effort le plus intense du trajet : me lancer à fond de train et maintenir une vitesse maximale pour surfer sur l’onde verte.
8 heures 13 : J’arrive au boulot, à peine essoufflée – rhâa ! – la sueur se mêlant à la pluie sur mon front, un large sourire en travers du visage (quel pied ce sprint !). Cadenassage au garage à vélo, pelage de couches imperméables, décapsulage de casque, et voilà ma petite aventure quotidienne à moitié terminée !
Je vous épargne le plus clair du retour, qui ressemble comme deux gouttes d’eau à l’aller matinal ; le moment le plus épique reste la grimpée des 50 marches finales, vélo chargé sur le bras droit – et sac sur l’épaule opposée, même si c’est très loin d’équilibrer la charge -, où la barre – vous savez, le guidon – a bizarrement soit une dent contre les miennes, soit des velléités d’énucléation.
Je vocifère, mais je serais de mauvaise foi si j’osais dire que je ne l’aime pas, cette bouffée d’air (pollué) dans la grande ville : la vérité, c’est que j’ai l’immense privilège de pouvoir aller travailler à vélo.

DaBigMess is proud to announce that episode 5 is already in the making. And boy! that’s some episode!

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