Le plaisir de rouler, épisode 1 : l'accident

En septembre 1990, alors que je rentrais de cours à vélo, une voiture me fauche. Quelques jours plus tard, et après plusieurs examens médicaux aux résultats de bon augure, il s’avère que la partie inférieure de ma jambe gauche est gagnée par la gangrène.
Rassurez-vous, elle est toujours là – la jambe ! – grâce à gentillesse et la compétence des médecins de l’Hôpital Général de Toronto, où je résidais à l’époque. Qu’ils en soient remerciés !
Une conséquence inattendue, pour moi qui me déplaçais toujours à bicyclette depuis le tout début de mon adolescence, fut l’incapacité à remonter sur un deux roues en pleine ville. Mon corps semblait être incapable de gérer le traumatisme de l’accident, alors que ma tête était a priori remise de ses émotions.
Les années passèrent : je m’habituais à ne rouler que sur les petits chemins déserts de campagne, quand l’occasion s’en présentait.
En juillet 2008 – soit une majorité plus tard -, je m’aventure à louer un e-bike (une petite reine plutôt joufflue sur laquelle est greffé un volumineux et endurant moteur électrique) auprès de Transpole (pour ceux qui n’ont jamais mis l’ombre d’un orteil à Lille, Transpole est, comme son nom ne l’indique qu’à moitié, la compagnie de transport en commun de la CUDL (acronyme barbaro-comique servant à désigner la Communauté Urbaine De Lille, la super mégalopole Lille-Roubaix-Tourcoing pour les intimes)). Je me promène sur – et hors – les chemins du bois de Boulogne, l’unique poumon vert Lillois (mais quel site ! J’y admire souvent des hérons, poules d’eau, grenouilles, énormes libellules de mes yeux écarquillés de citadine). L’endroit est vaste, mais j’en atteins quand même l’extrémité, et me retrouve face à… la route ! Le stop me laisse quelques secondes pour réfléchir : ira ? Ira pas ? Je décide de tenter le coup : je me sens capable de gérer une crise de tremblement et une copieuse suée si ma trouille pathologique me reprenait.
J’attends sans le redouter le moment où je devrai descendre de ma selle rembourrée et faire demi tour, mais il ne se produit pas. C’est fini : plus de peur de la circulation ! Mes mains et mon front restent secs, et je me prends à apprécier la balade en ville. J’ai retrouvé le plaisir de rouler.


*Stay tuned for the next episode of our spring-summer 2010 series « Let’s get rolling! » *!