That's how I like it


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Faut que ça saigne !

19th September 2011

Si, en rentrant un dimanche soir chez vous, vous voyez la silhouette d’un homme étendu sur le trottoir dans le faisceau de vos phares, et que vous descendez immédiatement de votre voiture pour lui porter secours ;
Si cet homme présente des blessures certes impressionnantes (une énorme plaie au front, un œil tellement abîmé que vous savez rien qu’en le regardant qu’il est déjà fichu) mais datant visiblement de plusieurs jours ;
S’il parle d’une voix empâtée par l’alcool, ce que confirme fortement son haleine et le fait qu’il ne tienne pas debout ;
S’il vous demande d’avoir la gentillesse de bien vouloir le ramener dans son centre d’hébergement à 3 km de là ;

Alors vous avez deux solutions :
Soit vous prenez la responsabilité de transporter cet homme blessé et en état d’ébriété, soit vous lui cassez la gueule. Vous l’amochez encore plus qu’il ne l’est déjà. Vous lui démontez la tronche.

Parce que personne, PERSONNE le transportera à votre place :
Ni les pompiers, qui ne prennent pas en charge une personne ayant bu sans blessures évidentes ;
Ni le samu social, car il ne se déplacera que si la personne n’a pas d’hébergement,
Le samu médical fera le trajet, mais constatera, comme vous, impuissant, qu’une personne qui refuse l’hospitalisation ne peut être prise en charge par leurs soins ;
Les compagnies de taxis, elles, accepteront sans rechigner une femme aux derniers stades de l’accouchement, mais refuseront catégoriquement un passager ivre sous prétexte qu’il pourrait vomir dans leur véhicule.

Reste la police, qui, si elle daigne se déplacer, collera le quidam – qui veut juste regagner sa chambre au foyer pour regarder Antenne 2 – en cellule de dégrisement.

Vous pouvez toujours le laisser dehors, ce monsieur inconnu, comme s’il n’avait jamais croisé votre chemin, parce que, comme il vous l’a dit, il est alcoolique, et SDF en plus. Les températures descendront sous les 7 degrés dans la nuit, et l’alcool aidant, l’hypothermie devrait le faire s’endormir vite, très vite…

Il n’y a personne, on vous dit… Ah, si, il y a vous. En colère, triste, vous allez le faire – difficilement – monter dans votre voiture et le raccompagner jusqu’à la grille de son lieu d’hébergement. Et ne rentrer chez vous que lorsque la personne qui n’a pas décroché le téléphone quand vous avez appelé une demi-heure plus tôt va répondre à l’interphone et l’admettre dans l’enceinte de l’établissement.

Ce n’est pas cette fois qu’il mourra dehors.

Et vous, vous avez mal. Vous avez du mal aussi… du mal à croire que ce que vous avez vécu ce dimanche soir, ça se passe ici, en France.

*P.S. : ces deux heures m’ont secouée, et je sais que désormais, il me sera impossible de passer à côté d’une personne à la rue et de l’ignorer. Je suis vouée à lui adresser quelques mots, à m’assurer qu’elle va bien, et, l’hiver approchant, à lui demander si elle sait où dormir, et à l’aider à trouver un lieu d’hébergement si elle n’en a pas. Je n’ai plus le droit, plus la capacité de détourner le regard. Mon geste si logique – humain tout simplement – ces quelques minutes que je lui consacrerai ou non pourraient bien faire toute la différence entre la vie et la mort. *

Depuis hier, je sens la révolte gronder en moi : tout mon être refuse que l’on puisse se retrouver dans la situation de ce monsieur, rejeté par tous, sans que personne ne s’élève contre cela. C’est inacceptable. J’aimerais le faire savoir à ceux qui m’entourent, mais surtout aux élus – j’ai un bien précieux, le droit de vote, et je sais m’en servir – notamment locaux, pour qu’ils **agissent **– je sais, je rêve, mais laissez-moi au moins ça – afin que cela ne se reproduise pas.

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