Il est tôt. Bien trop tôt pour mon pauvre cerveau encore noyé dans les vapeurs des limbes. J’ai toujours l’impression de revenir d’un long, d’un très long voyage lorsque je m’éveille, et il me faut un temps pour réaliser où je suis, quand je suis aussi. Je reprends progressivement pied dans l’ici et le maintenant, je refais surface à tâtons.
Je suis absolument incapable de me lever dès le – lent et pénible – réveil. J’écrase d’une main rageuse mais encore molle la touche snooze de mon téléphone dont l’alarme agaçante et répétitive ne m’empêche pas de replonger pour quelques minutes dans les tréfonds d’un sommeil qui n’est déjà plus réparateur. Et le petit cirque recommence : sonneries, écrasements de bouton, mini-dodos qui ne font que retarder l’inévitable lever.
Il faut alors ouvrir les yeux encore gonflés de la nuit et par le manque de repos. Un à la fois, pour ne pas laisser la lumière bousculer une cervelle encore dans le coaltar – oui, ça s’écrit comme ça, je vous assure ! – : droite, gauche, droite, les deux… aïe ! Le corps se rebiffe : il proteste contre le bras ankylosé, les draps qui ont partout laissé des empreintes remarquables que la matinée suffira à peine à effacer ; il a chaud, il a froid, il ne veut pas…
Lâcher la couette semble être un défi insurmontable. On réclame, encore, la paix cérébrale que seuls le sommeil profond et l’activité physique intense apportent. On ne souhaite que ça, obstinément, mais ce n’est pas pour autant que les aiguilles se mettent à tourner dans l’autre sens ou que le soleil retourne se réfugier sous l’horizon.
Alors il faut bien se résoudre à quitter le berceau. Et pour cela, il existe un argument de choix : non pas le fait qu’il faille aller travailler, ni celui que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt, mais quelque chose de plus essentiel, tellement qu’on s’arrache à la gravité digne d’un trou noir du lit bien-aimé : j’ai nommé le petit déjeuner.
Première chose à mettre au clair : il n’a rien de petit, ce déjeuner. C’est un repas à part entière, d’autant plus marquant qu’il donne le ton – et l’énergie – de la journée. Mangez peu ou mal, et votre ventre (vous) le rendra en gargouillant ou grognant de faim ou de digestion laborieuse. Nourrissez-vous de manière adaptée – une bonne couche de la célèbre pâte à tartiner aux noisettes italienne sur du pain complet pour ma pomme – et vous aurez la pêche jusqu’à pas d’heure.
Mais il n’y a pas que les aliments qui comptent : l’ambiance dans laquelle on les ingurgite est au moins aussi cruciale. Du calme, et surtout tout le temps nécessaire, voilà qui garantit un excellent démarrage à toute journée.
Et qu’on ne vienne pas me parler des adeptes de la douche fraiche, de ceux dont les mirettes s’ouvrent d’un coup et sans douleurs à la rétine, des joyeux de l’aube : je suis une ourse rustre et malapprise avant d’avoir mangé – et un peu après aussi ; ne me proposez pas de remède miracle, ça me convient comme ça !